L'infrastructure sociale de demain - Interview - Libération

Date 30/10/2005 | Sujet : Robotique Domestique

Professeur à l'institut des sciences et technologies de l'information de l'université de Tokyo, Ken Sakamura, 54 ans, est dans son pays une autorité en matière de communication en réseaux. Il a reçu en 2001 le prestigieux prix Takeda. Membre de la commission du Premier ministre sur les objectifs du Japon au XXIe siècle (créée par le Premier ministre Koizumi en vue de maintenir et de renforcer le leadership technologique du Japon), c'est lui qui avait dirigé en 1984 le programme Tron, la mise en place d'un système d'exploitation qui régit aujourd'hui les fonctions de près de trois milliards d'appareils électroniques (téléphones mobiles, lecteurs DVD, téléviseurs, fours à micro-ondes ou Caméscope) à travers le monde. Il explique pourquoi l'ubiquité marque un progrès.
Interview effectuée par le journal Libération sur le sujet 'Préparer l'infrastucture sociale de demain'

Citation :

Quelle est la particularité du concept d'ubiquité au Japon ?

Mon activité, avec l'Ubiquitous ID Center (Centre ID ubiquitaire, laboratoire créé par Sakamura pour développer les u-tags ou «étiquettes» électroniques et leurs applications, ndlr), se fait en coopération avec le T-Engine Forum, organisation à but non lucratif qui regroupe 500 institutions (industriels et académiques) à travers le monde. Avec ces organisations, petit à petit, nous voulons élaborer une infrastructure sociale faite de réseaux ubiquitaires informatisés, grâce à plusieurs technologies, comme les étiquettes électroniques.

Certains se demandent si tout cela est bien utile ?

Je suis persuadé qu'en rendant les systèmes informatiques intégrés et mobiles, capables de reconnaître l'environnement qui les entoure, on peut aboutir à un traitement de l'information plus sûr, tout en améliorant les conditions de vie et le quotidien des gens. Cette application va plus loin que les procédés déjà utilisés en logistique, dans la gestion et le suivi du transport des produits. Notre système permet de tracer des produits, comme certains médicaments. 5 % des médicaments en circulation à travers le monde sont contrefaits. Ce qui pose un problème dans les pays pauvres, où des gens meurent après avoir avalé de faux médicaments. La technologie peut aider à prévenir de tels accidents. Elle n'est pas destinée qu'aux pays riches et industrialisés.

Les systèmes que vous avez mis au point sont très coûteux, ne sont-ils pas condamnés à une utilisation limitée ?

Non. Dans l'avenir, n'importe qui y aura accès. Notre ambition est d'établir l'infrastructure sociale du futur, ouverte sur d'innombrables possibilités. Le système testé à Kobe ne vise pas seulement à aider aveugles et paralysés. Au printemps, nous l'avons aussi testé à Tokyo pour aider, par exemple, touristes et voyageurs étrangers à se déplacer plus aisément en ville. Le 13 octobre, à Tokyo, nous avons fait un nouveau test, encourageant, dans le parc d'Ueno (où sont concentrés les principaux musées d'art traditionnel et contemporain de la capitale, ndlr).

Pensez-vous pouvoir imposer vos systèmes ?

Je suis très optimiste. Les technologies utilisées dans ces projets sont le résultat de trente ans de recherche. J'ai commencé à travailler dès la fin des années 70 sur les systèmes intégrés et embarqués. Les cinq cents institutions que j'ai citées se sont alliées pour développer et standardiser le système d'exploitation Itron (Industrial Tron) qui fait suite au projet Tron des années 80. Une étude récente montre qu'aujourd'hui au Japon Itron est utilisé dans 60 % des systèmes embarqués, en particulier dans les téléphones portables.


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